Vassilissa et Baba Yaga

« La Baba Yaga était une créature absolument terrifiante. Son long menton se recourbait vers le haut, son long nez se recourbait vers le bas et ils se rencontraient au milieu. Elle avait un petit bouc blanc et des verrues sur la peau à force de manipuler des crapauds. »

Baba Yaga, sorcière par excellence, effrayante, méchante et laide maitrisant la nature et les éléments symbolise en réalité une entité féminine ambivalente et extrêmement puissante. À la fois maléfique et bénéfique, elle dévore les âmes impures mais peut aussi nous guider si nous savons l’écouter. Révélant les codes de société implicites que l’on apprend parfois à nos dépens, la quête initiatique qui se déroule, celle d’une petite fille qui se construit, non sans violence face aux obstacles de la sorcière résonne particulièrement en moi.

Jusqu’à quel point pouvons-nous être curieux ? Quelles sont les limites que nous nous posons à nous-mêmes ? Quelles sont les limites nécessaires pour nous protéger du danger ? Ces questions non formulées mais vécues ou subies constituent l’apprentissage fondateur du discernement. C’est une histoire féminine entre une sorcière et une petite fille qui rend compte de l’importance vitale de l’intuition et de l’écoute de soi pour survivre dans le monde. Évoquant le cycle de vie mort vie, Vassilissa et Baba Yaga évoque la vraie vie où l’on apprend malgré nous l’existence du non-dit, du hasard, des synchronicités, du sensible, toutes ces choses qui rendent la vie captivante.

« Dans le conte, les couleurs jouent un rôle essentiel, car chacune possède sa nature de vie et sa nature de mort.»

Le lien entre la danse et la peinture est l’une des clés de notre recherche, en l’utilisant telle une matière, elle devient figurative, personnage à part entière du conte, en résonnance avec le rétro projecteur, médiateur et outil nostalgique rendu vivant par les mains magiques de la plasticienne. Forêt mystérieuse et inquiétante, isba sur pattes de poule tourbillonnante font partie des paysages fantastiques que nous traversons.

« Elle était juchée sur d’immenses pattes de poulet jaunes et se baladait toute seule, quand elle ne tournait pas sur elle-même comme un danseur en transe.»

Accompagnée de deux danseuses, utilisant la chorégraphie comme langage, dialoguant par le geste, comme si la fable jaillissait de la peau, le trio fait émerger l’histoire au- delà des mots en se connectant à l’inconscient collectif, pour marquer le tracé d’une histoire universelle.

Mathilde Roux